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racisme
©Babouse / "L'Humanité Magazine" 05 juin 2025

 

Quand j'étais au lycée, dans ma bande de potes y'avait Rachid et Manu.

Rachid ne rencontrait jamais le moindre problème. Manu lui avait parfois droit à certaines réflexions ou invectives racistes.

Manu, bien qu'issu de lointains ancêtres tous nés par hasard depuis des générations et des générations sur le sol de ce qu'on délimite conventionnellement comme étant la France, était très brun à la peau foncée comme un éternel bronzage.

Rachid lui, d'origine kabyle, était blond aux yeux si bleus qu'on le raillait souvent en l'appelant "le SS".

Tout ça c'était vers 1988 et, depuis, je crois bien que malheureusement la connerie n'a fait qu'empirer.

A l'époque on se baladait tous avec des joujoux dans les poches. Moi c'était un poing américain et un cran d'arrêt, comme la plupart des copains. Si on se faisait prendre, on se prenait 2 heures de colle, la confiscation de l'objet qui nous faisait nous sentir des hommes derrière notre acné et ça n'allait pas plus loin. Même pas un mot dans le canard local. Juste une bonne engueulade avec les vieux en rentrant le soir.

En fait, ça nous rassurait bêtement d'avoir ça sur nous, enfin je crois, c'était très con et dans les faits les rixes se limitaient à des poings dans la tronche et quelques bleus, on savait tous ce qu'on avait sur nous, où ce que risquait d'avoir le mec en face, mais en cas de baston on savait que sortir l'artillerie était aussi dangereux pour le gars d'en face que pour nous.

La seule fois où j'ai personnellement sorti un objet répréhensible de ma poche c'était sous le préau du lycée pour vider ma bombe lacrymo sur la tronche de mon pauvre frangin rien que pour le faire chier. Je me souviens encore de la trampe que j'ai reçu de mon paternel en rentrant le soir, furax avec derrière lui mon frère les yeux gonflés comme deux grosses méduses (mais il est gentil mon frère, il ne m'en veut pas!).

Déjà à l'époque, tout comme nos parents, nos grands-parents et sans doute nos arrières-grands-parents à leur époque, l'ambiance du brave populo et des médias était à la rengaine du "y'a plus de jeunesse" et du "à notre époque nous...". C'est une habitude, toujours, que l'ancienne génération défèque sur la nouvelle. Apparement depuis la société n'a toujours pas évolué et reste bloquée à ce pathétique stade anale, feignant, par exemple, d'oublier que l'âge moyen  des résistants pendant la deuxième guerre mondiale en France était autour de la vingtaine (comme mon oncle fusillé à Arras par les allemands en 1942 à l'âge de 22 ans, un parmi bien d'autres).

A l'époque, sous la pression de nos braves commerçants locaux angoissés, avait été annulé le concert d'un groupe en vogue par peur que cela n'entraine drogue et violence. On fit donc le deuil de voir "The Cure" un jour en live à Boulogne-sur-mer.

On faisait des courses de mob, on pissait dans des boîtes aux lettres, on fumait des pétards, on squattait des coins où on buvait de la bière, on taguait des conneries sur les murs, on se foutait parfois sur la gueule, on chiait sur l'armée, les flics et la justice,... c'était notre petite vie d'ados dans une ville moyenne du Pas-de-Calais en pleine déliquescence.

Rachid est devenu commercial pour un grand groupe, Manu un scientifique renommé dans la science de la vie sous-marine, d'autres sont devenus profs, chefs d'entreprise, informaticien, boulanger, etc... et même un qui est devenu flic.

Les jeunes de maintenant ne sont ni pires ni meilleurs que les jeunes d'avant.

Par contre les vieux sont de plus en plus craignos. Salement.

 

"Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé."- Terry Pratchett

"Dans chaque vieux, il y a un jeune qui se demande ce qui s'est passé."- Terry Pratchett

Tag(s) : #Dessin de presse, #Passé simple
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